La peur du #harcelementderue

La peur du #harcelementderue

Le bonheur d’être une amazone et de plus avoir peur. Je vous ai parlé du #harcelementderue et d’agressions (pas trop des miennes d’ailleurs) mais je ne vous ai jamais trop expliqué comment j’avais fait pour sortir de ce cercle infernal. Je vous ai dit que je voulais résister et continuer à porter des jupes (oui je suis une pin up dans l’âme). Hélas j’ai vécu beaucoup d’agressions et je pense avoir tout entendu comme excuses ou remarques débiles, méchantes ou misogynes ou les trois.

La vraie question pour moi était : pourquoi moi ? Pour ceux qui ne me connaissent pas, je n’ai pas l’allure de la pauvre petite nana fragile : je suis grande, 1m80 sans talons (et j’en porte toujours). Je suis ronde et sportive, j’ai plus la corpulence d’une nageuse suédoise que d’une danseuse de ballet. Mais j’assume mon style : Pin up forever, toujours  très souriante, toujours en jupe ou robe et talons hauts. Danger ou pas ?
J’ai donc à peu près tout vécu : les insultes, les mecs qui te mettent des mains (ou pire) au cul et certains qui te suivent jusqu’à chez toi (à plusieurs c’est mieux, car cela fait encore plus peur).

J’avais trouvé une solution pratique : je prenais ma moto pour m’éviter les mauvaises rencontres… mais, habitant Paris, on finit toujours pas prendre le métro et là .. c’est l’angoisse. Le truc qui te prend au bide, te donne des sueurs froides et te fait trembler chaque fois qu’un homme croise ton regard. J’ai décidé de changer. Oui moi, car on ne change pas les autres (dommage). Je ne voulais plus être une victime. J’ai cherché et trouvé l’Amazon training.

La peur dans la rue (Les dragons)

La peur à chaque coin de rue (les dragons)

J’aurais du mal à vous expliquer ce que c’est car je ne suis pas une professionnelle des arts de combat et autre self défense. C’est un cours qui, pour moi, réunit l’essentiel : seulement des femmes, dans un environnement et une tenue réaliste (jupe ou jean, oui oui) qui apprennent les gestes qui sauvent. Attention, ce n’est pas du Krav Maga où l’on apprend à tuer des gens. L’Amazon training (créé par un policier) nous apprend à anticiper, fuir, donner une bonne description (pour retrouver l’agresseur) et, dans le dernier des cas, nous défendre (si la personne nous a attaqué en premier)… tout ça en nous faisant transpirer avec une remise en forme digne de celle de Rocky (il ne manque que la musique et le décor dans nos cours, hihi).

L'Amazon Training : Un self défense 100% fémi

L’Amazon Training : Un self défense 100% féminin

J’avais essayé l’aïkido, mais je n’aimais pas trop tous les a-côtés, alors que j’adore la Chine (promis, je vous parle bientôt de notre voyage) et la boxe française était trop violente pour moi (les mecs veulent te prouver qu’ils sont plus forts… forcément puisque tu es débutante… j’ai mangé des coups).

J’ai découvert l’Amazon Training avec un stage (il y en a plusieurs dans l’année à Paris et ailleurs) où l’on devait s’habiller en tenue de ville. Une de mes chéries et moi on a débarqué en robe et talons … croyez moi, c’est pas facile de courir avec. On a bien rigolé. C’est sûrement ça que j’en retiens aujourd’hui : le plaisir et le partage.

Des vrais combats comme dans la rue

De vrais combats comme dans la rue (crédit Amazon Training)

avec des vraies tenues de filles (crédit Amazon Training)

avec de vraies tenues de filles (crédit Amazon Training)

Les Amazones sont devenues mes amies. On s’est dépassées ensemble. On a pleuré (car il y a des trucs pas drôles qui remontent). On a bien rigolé lorsque l’une se casse la figure alors qu’elle pensait être plus rapide que ça. Bref c’est inexplicable. Cela m’a rappelé un peu l‘Ucpa (pour le côté fun et convivial) où je m’étais dépassée avec mon vertige.

Je vous en parle aujourd’hui car cela fait un an, j’ai donc un vrai bilan derrière moi et je me rends compte qu’au delà de l’enseignement technique et des trucs à astuces (dans mon prochain article), j’ai beaucoup appris sur moi.

Le risque de la jupe dans la rue

Le risque de porter une jupe dans la rue

J’étais aphone… pourtant je suis une vraie grande gueule et une pipelette. Alors pourquoi je ne disais jamais rien, comme Marion, lorsque je me faisais agresser ? Ce n’était pas de ma faute (ouf, c’est rassurant de le savoir). C’était de la « sidération mentale ». On ne peut rien faire, comme le lapin pris dans les phares. Pour comprendre, rappelez-vous la dernière fois où l’on vous a dit une méchanceté gratuite et improbable… Vous auriez aimé avoir du répondant et pourtant vous n’avez rien dit. Ah oui, après, et si et si… Mais c’est trop tard, le mal est fait.

J’étais une victime et comme l’explique Valérie ici, on ne sait pas pourquoi, mais c’est presque comme si j’étais responsable. La spirale infernale de la peur et de la culpabilité est tous les jours plus forte. Je portais ce poids sur les épaules et, croyez moi, cela se voyait très facilement. Chaque mec bizarre était pour moi. Comme un chien flaire la peur, les pervers sont des chasseurs qui reniflent l’angoisse dans le non verbal.

J’étais faible car je baissais les yeux, sentais mes muscles incapables de bouger (la fameuse sidération mentale) comme tétanisée. Mon corps avait sa vie propre (j’ai appris que le cerveau reptilien prenait le relais) et je n’arrivais pas à courir, partir, fuir… mes crampes à l’estomac m’en empêchaient.

J’étais une bonne négociatrice. Heureusement, j’ai toujours eu la tchatche. Alors, lorsque la personne est proche de toi et qu’elle te parle (pas encore d’agression physique), il faut « jouer le jeu » (je ne sais toujours pas lequel). J’ai parfois réussi à les contenir en mêlant le « mets-toi à ma place, il est tard, je suis naze » avec le « tu me déranges » (je lis un livre) et un peu d’humour mais surtout beaucoup de politesse.

toutes en jupes dans la rue!! (les danseuses)

Toutes en jupes dans la rue !! (les danseuses)

Vous l’avez compris ce n’était pas suffisant… Aujourd’hui, après 3 stages d’Amazon Training et 2h de cours hebdo, je suis devenue quelqu’un de nouveau. Dans la rue, face aux agressions, mais aussi dans ma vie de tous les jours.

Je sais dire non : J’ai appris à le dire (je le disais parfois, mais peu dans ma vie de tous les jours) et surtout à y croire. J’ai appris à le hurler. J’ai compris que je devais remettre les limites : tu n’approches pas et mon NON va plus loin que mes bras, alors crions le. D’ailleurs, c’est tellement bon de hurler, cela fait sortir toute la peur et l’angoisse. Lorsque je fais cet exercice, j’ai parfois l’impression de transformer ma sidération mentale en force digne de Dragon Ball Z.

Je fuis : J’ai toujours voulu sauver la veuve et l’orphelin, mais là, non. On m’a appris à sauver ma peau pour sauver celle des autres (j’y reviendrai). Dès qu’un individu bizarre entre dans un wagon, je sors sur le quai ou je change de wagon, peu importe… Oui, la fuite est une solution.

J’anticipe : Je ne me retrouve presque plus prise par surprise (je sens, en disant ça, que certains vont faire des blagues .. c’est pas grave). Je vous expliquerai comment je me mets en condition demain.

Je transforme ma peur en rage : C’est sûrement la chose qui m’a le plus transformée. J’ose comparer cela à un orgasme. C’est tellement violent, c’est viscéral et c’est long à atteindre. Pour vous expliquer le contexte (pour les petits bleus qui se reconnaîtront ^^) : on se bat avec d’autres Amazones puis, lorsqu’on est prête, on peut se battre face à un hitman (un mec recouvert de protections pour ne pas avoir mal). Le premier combat est souvent plein de larmes et de fatigue. Au suivant, on commence à s’amuser (cela reste un sport)… puis on vrille. C’est mes profs Raph et Eric qui ont réussi à me faire vriller la première fois. Ils te guident pendant ton combat (ici et là , mords le, tape en bas etc) et, à un moment, tu te dis « Non il ne m’aura pas ». J’étais au sol (je déteste ça), je me suis relevée plus vite que Lucky Luck et j’ai hurlé (en tapant comme je pouvais car je reste une débutante, hein). J’avais réussi, j’avais senti la force et la rage monter.

Pour la première fois de ma vie, je n’étais plus une victime.

La liberté de ne plus avoir peur (L'oiseau libre- I'm free)

La liberté de ne plus avoir peur (L’oiseau libre- I’m free)

Et vous, vous êtes plutôt victime ou Amazone ?

Je vous expliquerai dans mon prochain article mes trucs et astuces (beaucoup piqués à l’Amazon que vous pouvez faire vous-même). Un genre de DIY contre le Harcèlement de rue 🙂  car oui, mes pauvres, j’ai déjà été très bavarde !

 Crédit photo ici par Sandrine Estrade Boulet. J’adore son univers qui rend plus beau le quotidien et nos rues parfois tristes et inquiétantes.

 

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