On m’a toujours dit que j’étais forte. Pendant longtemps, j’ai considéré cet adjectif comme une qualité. Pourtant depuis quelques années, c’est presque devenu une insulte ou un tout cas un adjectif qui me fait souffrir.

Parce que cela veut dire quoi une femme forte ? C’est un qualificatif plutôt yang (côté masculin de notre équilibre intérieur) et même si j’ai appris à aimer cette partie de moi cela ne me représente pas si bien que cela.
Mon nouveau mantra personnel étant « Le bonheur c’est la précision », je réponds souvent à la personne qui me fait « ce type de compliment » de préciser. Que se cache-t-il derrière cette femme forte aux yeux de la société et de votre vision du monde ?

J’ai peur que cela se résume à une femme qui tient le coup. Une femme tenace qui ne se plaint pas beaucoup (voire pas du tout) et qui avance dans la vie en étant seule. Alors oui vous avez sûrement raison de me dire que je suis forte car toutes ces caractéristiques sont ma réalité depuis plus de 38 ans. Si on y ajoute l‘aspect indépendante, résiliente et qui ose sortir de sa zone de confort, je le suis encore plus forte.

Hélas cette femme forte (qui pleure en cachette et ne demande pas d’aide) que j’ai été pendant 30 ans a cumulé les burn out et dépressions lourdes… alors forte ou faible ?
D’ailleurs d’avoir cherché à tenir ce rôle de femme forte m’aura coûté de nombreux kilos sur la balance. Car croyez-moi, c’est très très fatiguant de faire « comme si tout allait bien » quand au fond de soi on a juste envie de hurler « aide-moi, soutiens-moi, regardes-moi, aimes-moi ».

Alors quand vous dites femme forte, ce que j’entends c’est « tu n’as pas besoin de moi » « tu as l’habitude donc tu vas encore t’en sortir seule » « serre les fesses, ne te plains pas trop et ça va passer ». J’ai encore plus envie de me mettre à pleurer, de rentrer dans ma caverne (mon magnifique cocooning) et de ne pas parler de ma réalité. Quitte à être seule, autant l’être véritablement non ?

A d’autres, j’aime rappeler que j’adore pleurer et que c’est cela qui me donne ma force. Hélas, beaucoup de personnes ne me croient pas pourtant c’est la vérité ! Car la femme forte est uniquement une grande « petite fille » qui a serré les dents et les fesses un peu trop longtemps. Une jeune fille qui a voulu s’accrocher à ses rêves et qui a cru qu’elle devrait les réaliser seule. Elle a donc créé une belle « armure de sourire » imperméable à la souffrance, aux nons et aux rejets.

La prochaine fois que vous voudrez complimenter une femme sur sa puissance d’action, sur sa capacité à oser, sur son autonomie, s’il vous plait soyez précis ! Très précis.

La prochaine fois que vous serez impressionné par une « femme forte ». Ne lui demandez pas des conseils car elle y entendra une demande d’aide cachée (et c’est souvent le cas). Dites-lui uniquement bravo. Dites-lui « J’ai vu ton courage, ta beauté, ton humanité, ta vérité ».
Ecoutez-la.
Laissez-la vous raconter (si elle en a envie) son chemin, ses difficultés. Laissez-lui la possibilité de pleurer et de vous témoigner de la souffrance qu’elle subit au quotidien. Ecoutez-la attentivement et avec bienveillance (vous y trouverez naturellement de bons conseils).

La prochaine fois que vous rencontrerez « une femme forte », prenez-la dans vos bras.  Entourez cette femme si puissante et fragile de votre Amour (dans le sens le plus pur du terme, ni sexué ni amoureux). Rappelez-lui ainsi qu’elle a le droit de se laisser aller un peu et de profiter de cette douceur avant de repartir avec son armure.

 

La prochaine fois que vous parlerez avec une de ces femmes « toujours souriantes » proposez-lui votre aide. Utilisez vos mots pour lui donner cet espace (qu’elle ne s’autorise pas à prendre) où l’on dépose ses besoins et envies. Soufflez-lui à l’oreille que l’on a le droit de demander, de s’arrêter, de ne pas finir, de changer d’avis.

Et si vous, vous êtes (comme moi) une femme forte, soyez fière d’avoir tenu jusqu’à aujourdhui. Aimez vous et aimez ce bouillonnement d’envies ainsi que votre pouvoir de création intérieur.
Prenons ensemble une grande respiration.
Fermons les yeux.
Disons à nous-m’aime : « Je suis fière, je suis comme je suis, si forte, si faible… toujours humaine ».

 

Et vous, vous faites partie des femmes fortes ? Vous aimez ce compliment ?

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