Comme toutes les autres femmes de Paris et d’ailleurs, j’ai déjà été agressée dans la rue à plusieurs reprises. Le sujet fait l’actualité depuis hier grâce à un reportage en caméra cachée de Sofie Peeters qui dénonce son quotidien dans les rues de Bruxelles. La prise de tête a commencé sur ma page Facebook très rapidement avec un homme. Pendant ce temps toutes mes copines partageaient la vidéo en commentant : on en a marre.

Mais c’est pas nouveau ? Non j’en avais parlé ici et ici. Je vous avais même avoué avoir commencé des cours de self défense pour mieux « vivre ma peur au quotidien » … Mais c’est aujourd’hui que l’on commence à voir l’ampleur des dégâts. Merci à Valérie alias crepegeorgette qui défend la femme sur les réseaux sociaux (non ce n’est pas un métier mais une passion) et qui a créé hier sur Twitter le #harcelementderue pour prouver à un petit malin que non ce n’était pas un « fait isolé ». Mademoizelle en parle mieux que moi ici.

J’avoue que je suis tellement en colère devant la bêtise, voire la méchanceté de certains, que je ne sais pas par où commencer. Je ne vous parlerai pas de mon quotidien car cela serait trop long et chacun a sa propre histoire ou anecdote (qui fait rire ou pleurer d’ailleurs).

Je voulais revenir sur les préjugés qui tournent autour de cette histoire de #harcelementderue :

C’est un cas isolé !
Non, c’est tous les jours ou tous les deux jours pour les femmes qui, comme moi, ont trouvé des moyens d’esquives (moto, vélo, voiture… bref, on ne se mélange plus). Il n’y a pas de règles, c’est le matin en allant chercher le pain à la boulangerie ou le soir en rentrant de soirée (toujours plus flippant le soir bizarrement).

C’est pas si grave !
Si c’est  très grave car c’est une agression verbale. Les mots sont des blessures comme les autres (cf image du dessus). Au delà du manque de respect, c’est surtout cet état de peur constante qui est insupportable. Quand ? Où sera le prochain ? Cette jupe, non, je la range pour la plage sinon ma journée sera un enfer…

Mais vous n’aimez pas les compliments ou quoi ?
Nous (les femmes) sommes chosifiées et jugées sur notre physique. Cela nous rabaisse et c’est donc bien un rapport de force. D’ailleurs, si c’était un compliment tout irait bien dans le meilleur des mondes, mais non, un homme qui te dit « euh, tu es bien charmante… (pas de réponse) grosse pute va, tu t’es vue, j’ai même pas envie de te baiser » MAIS ALORS POURQUOI TU ME FAIS CHIER !!! (pardon je m’énerve et ce n’est pas constructif).
J’adore les compliments. J’ai déjà dit merci à certaines femmes et certains hommes (pas des pervers) qui m’avaient dit de très belles choses dans la rue. Cela reste un très joli souvenir, contrairement aux #harcelementderue

Tu te la racontes pas un peu quand même ?
Pourquoi se faire agresser semble être une chose positive chez Mr Testostérone (Petit surnom car tous les hommes ne sont pas des débiles qui pensent avec leur pénis au lieu du cerveau et beaucoup ne sont pas des prédateurs en puissance) ? Hélas oui,  Mr Testostérone oublie que cela arrive à toutes les femmes : petites, grandes, blondes, brunes et rousses, en jupes ou baggy, moches ou belles, minces ou rondes ou même grosses. Se faire harceler ce n’est pas la montée des marches avec les flashs des photographes, loin de là !

No more

No more. Projet Unbreakable

Pourquoi tu ne réagis pas ?
On vient de m’insulter dans la rue devant tout le monde. Celui qui m’insulte est souvent en bande (de trouillards). Alors on fait quoi ? On y va toute seule pour se battre ? On devient dingue (parfois on n’en est pas très loin)… bref, la solution de Mr Testosterone c’est de se battre. Un mot contre une gifle. Non, pourtant je fais du self defense féminin (Amazon training) et je sais me battre, mais on m’a appris à ne frapper que lorsque mon intégrité physique est en danger. Heureusement, les agressions physiques sont plus rares (quoique trop fréquentes à mon goût).
Je vous rappelle que c’est tous les jours. Je ne vais pas pouvoir frapper des hommes tous les jours sans finir par me casser les poings !!

Ok, mais tu étais habillée sexy ?
Là, je suis à deux doigts de la crise de nerfs. Il faudrait d’abord tenter de définir le sexy !! Je ne le ferai pas car Mr Testostérone pense vulgaire donc il sous entend (pas très finement je vous l’accorde) que si on met une jupe et des talons ou, pire, un décolleté, on cherche à être __________ (merci de compléter avec la mention désirée). Nous ne voulons rien. C’est Mr Testostérone qui a envie de_________ et qui ne contrôle pas ses pulsions.
Là bêtise de cette phrase est telle que j’ai du mal à trouver le meilleur exemple. Tu voles souvent le bijoux que tu vois dans la vitrine parce qu’ils te plaisent ? D’ailleurs, cela ne fonctionne pas : on n’est pas des objets. Tu voles souvent le petit chien mignon que tu croises dans la rue ? Ok, tu le caresses souvent ? Oui, et combien de fois tu t’es fait mordre (CONNARD).

comment etiez vous habillée

Comment étiez vous habillée ?

Tu n’as qu’à pas mettre de jupe !
Là, on arrive tout doucement à la burqa, les filles. Il faudrait savoir. Je croyais que c’était les pantalons que les femmes n’avaient pas le droit de porter !! D’ailleurs, le saviez vous, c’est le 27 septembre 2010 que la Préfecture de police a enfin autorisé légalement aux femmes le port du pantalon. Alors on ne peut pas (légalement hihi) porter des pantalons, mais lorsqu’on est en jupe on est des « putes ». Non, on est des femmes si on en croit les textes de lois qui expliquent que porter un pantalon c’est « s’habiller en homme ». Le problème n’est donc pas la tenue mais celui qui la regarde. Désolée, je ne porterai pas la burqa pour que Mr Testostérone n’ai pas trop d’érections.

C’est pas de notre faute si les hommes ont plus de désir que les femmes !
Lorsqu’on en arrive aux « normes de sexualité », c’est tellement dangereux (oui, on n’est plus très loin de « homosexualité =  maladie »). Je rappellerai simplement à Mr Testostérone que nous autres pauvres femmes, avons un corps qui nous fait produire des ovules tous les mois et en plus des douleurs, nous apporte une bonne dose d’excitation car nous devons trouver un mâle (plutôt des spermatozoïdes) pour nous reproduire. Alors non, cet argument ne fonctionne pas non plus…

Y’a des problèmes plus importants dans le monde !
Oui, et là on touche à la fin de la fin du problème. Il y a tellement de guerres, de maladies, de méchancetés, de violences partout dans le monde (et à la télévision) que l’on ne va pas tenter de faire un classement du pire. Ce qui nous touche c’est ce que l’on vit. Moi, en tant que femme, tous les jours j’ai mal d’être une femme, enfin une pute, une saloooope (pardon j’avais oublié). Donc ce problème, petit ou grand en fonction des agressions qu’on a subies, est un immense problème. Ce bras de fer avec ces Mrs Testostérone sont épuisants mais ne doivent pas nous faire lâcher prise.

… et un jour Mr Testostérone aura une femme ou une fille qui vivra la même chose et lorsqu’il la verra rentrer à la maison en pleurs car elle vient de se faire agresser dans la rue/le métro/l’école (cocher la mention inutile), il comprendra enfin que ce n’est pas un plaisir, car il sentira, comme nous, cette boule dans le ventre qui fait mal et qui empêche de respirer.

Et vous, c’est quoi votre histoire ?

Ps : les photos et le film sont tirés du projet Unbreakable

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